Esclavage en Libye : Pourquoi j’ai tenu à manifester le 18 novembre 2017

L’automne de la Diaspora noire

« Le combat que nous menons, ne doit pas être un combat de noirs contre blancs, de noirs contre arabes (…) c’est un combat pour la dignité humaine et pour l’ensemble de l’humanité » – Claudy Siar, appelant à manifester contre l’esclavage en Libye – 17 nov. 2017 – Journaliste, Producteur de Couleurs Tropicales sur RFI et ex-Délégué interministériel pour l’Égalité des Chances des Français d’Outre-mer de 2011 à 2012.

Claudy Siar - Ceccl

Claudy Siar lors de la manifestation contre l’esclavage – 18 novembre 2017

On peut dire que ce soulèvement populaire s’est concrétisé depuis la vidéo « Coup de gueule » de Claudy Siar publiée le 16 novembre sur sa page Facebook.

Sur ce blog, je parle des bonnes initiatives issues de la diaspora africaine de Paris, j’ai pris le parti de ne parler que de choses positives pour mettre en lumière la créativité de cette communauté. J’ai cependant ressentie le besoin d’exprimer mon choix de manifester alors que beaucoup pense cela inutile. Accompagnée de mes amies Idyle (d’origine Djiboutienne) et Mamba, ma compatriote ivoirienne, Africaine que nous sommes, tenions à manifester notre colère ce 18 novembre 2017. Explications. (N’hésitez pas à cliquer sur les liens hypertextes au fil de votre lecture pour avoir de plus amples détails)

Claudy Siar a exprimé sa colère, avec des mots lourds de sens, suite à la diffusion d’une vidéo diffusée par CNN illustrant la vente de migrants noirs esclavagisés en Libye.

Son intervention a été vu plus de 3 millions de fois, rendez vous compte de son échos et de son impact. Nous avons tous vu ladite vidéo diffusée par CNN; Nous avons, à notre manière, exprimé notre indignation que ce soit dans la sphère public et/ou privée. J’ose imaginer que tout comme moi, à la vu de ces images…. Beaucoup se sont sentis désemparés, enragés, extrêmement impuissants face à ce calvaire réservé aux « damnés » de la terre, que sont SEMBLE-T-IL, les hommes et femmes noir(e)s. Marcher le 18 novembre n’était pas UNE SOLUTION mais un MOYEN.

Cette actualité n’est pas une « nouvelle ».

En effet, depuis la chute du « mur » Libyen qui constituait un barrage pour ceux que j’appelle “voyageurs désemparés” (migrants), tentant d’atteindre leur el dorado qu’est l’Europe; On assiste à une recrudescence de photos et vidéos insoutenables d’êtres humains empilés au fond d’embarcations de fortunes, naufragées en pleine méditerranée…

On voit des horreurs tous les jours, des corps sans vies, des hommes et femmes amaigris, vieillis par la fatigue et le poids de leur malheur. Certains avec des cicatrices aussi physiques que psychiques.

Quand ce ne sont pas les voyageurs désemparés, ce sont les exterminations massives de populations au Congo, des attentats dévastateurs comme celui subit au Kenya… et j’en passe…

Qu’est-ce qu’on en a vu passer des horreurs… On en bouffe sans cesse tant ce continent est en constante hémorragie… une plaie ouverte que nous ne savons pas panser. Alors on regarde, on compatit, on fait des dons, on signe des pétitions et on passe à la prochaine “bad news”…

Je dois avouer qu’à part compatir et d’un clic partager l’information sur Facebook, je me sentais vraiment inutile. Qu’allais-je pouvoir faire DE PLUS CONCRET à part espérer une réaction de nos gouvernements africains et des ces ONG aux engagements soi-disant salvateurs. Je ne me voyais pas aller sauter toute seule dans la rue… du haut de mon mètre 77 et mes cheveux rouges… Nulle…

Mais cet appel à la mobilisation lancé par Claudy Siar et le CeCCL (Collectif contre l’esclavage) était attendu par beaucoup de personnes en quête de contributions utiles ! Parce qu’on a besoin de leaders d’opinions noirs, fédérateurs, pouvant faire l’écho de nos voix et de ceux / celles dont l’humanité est bafouée par des milices djihadistes ou par de mafieux libyens rongés par leur haine du noir !

Visuel CECCL pour manifester

Crédits : Collectif contre l’Esclavage et les Camps de Concentration en Lybie

Besoin de leaders Noirs pouvant relayer dans LEURS MÉDIAS et réseaux d’influences, des informations similaires à celles diffusées par CNN, afin de dénoncer toutes situations autre que l’esclavage en Libye, qui mériteraient aussi d’être connues ! Claudy Siar, dont certains critiquent à tord son origine antillaise (en oubliant l’origine évidente de ses ancêtres), a incarné ce rôle de “leader-lanceur d’alerte” pour la cause de tous les africains et afro-descendants ! Il semblait aller en guerre en lâchant “Nous, on est prêt” à la fin de sa vidéo. Il a galvanisé toute une communauté abandonnée par les élites politiques africaines amorphes face à tous ces drames !

Je suis vraiment étonné qu’il ait fallut que cet homme seul, pousse un cri de colère pour que certains artistes ou encore Alpha Condé, Président de la Guinée et Président de l’Union Africaine daigne enfin se prononcer.

Esclavahe-Libye-arme

JOHN DAHL CARTER, c’est le nom d’un jeune camerounais qui affirme avoir filmé au péril de sa vie, la fameuse vidéo diffusée par CNN. Je n’ai pas bien saisi son statut, journaliste ? militant ? Je ne sais pas mais ceci étant, son collègue ISSA DIOP, qui l’accompagnait à d’ailleurs été tué au cours de leurs investigations, d’après ses dires.
Dans une vidéo, il affirme que les images filmées ont été envoyés à une journaliste de CNN il y a 4 mois, après qu’il ait essuyé les refus et désintérêts total de médias africains et d’ambassades ! Sur sa page Facebook, on voit effectivement plusieurs vidéos de lui en Libye, dénonçant le trafic. Personne ne parle de lui, je suis vraiment déçue du manque de considération qu’il reçoit. Prenez le temps de regarder son intervention en vidéo.

Par contre, je suis dans le flou car plusieurs articles de journaux Affirment qu’une Journaliste Soudanaise, Nima ELBAGHIR, correspondante de terrain pour CNN, serait celle qui aurait filmé en caméra caché lesdites images de ventes d’esclaves en Lybie. Est-ce celle qui a reçu les images de John Dahl Carter ? A-t-elle seulement relayer la vidéo ? Besoin d’éclaircissements… Si vous en avez…

L’heure est terriblement grave, la négrophobie est un mal en constante banalisation, cette actualité aurait pu passer inaperçue sans le soulèvement d’internautes sur les réseaux ! Car beaucoup de personnes non-noires ET NOIRES ne se sentent, à l’évidence, pas concernée par ce qu’il se passe.

Je me sens petite. Néanmoins ne négligeons pas la force de frappe des réseaux sociaux, c’est par là qu’a débuter la grande révolution du printemps arabe, c’est peut-être par là que l’automne noir s’élèvera !

Je ne suis pas partisane des comparaisons de souffrances ou de la hiérarchisation des drames humanitaires mais force est de constater  qu’un drame en AFRIQUE : C’est banal. Ça se passe loin de Paris donc… Broutille ? Je pense que cette vidéo à choquée tant elle était réaliste par le son de la négociation des prix et par la peur de voir ressurgir un passé que nous avons tous étudier et dont nous étions bien heureux de ne pas l’avoir vécu. C’est une farce… nous y sommes toujours en 2017.

MARCHER, MANIFESTER !

J’ai marché et répondu à l’appel du CeCCL parce qu’on nous INVISIBILISE. En restant derrière nos écrans, nous n’imposons pas le poids de notre communauté. Manifester pour montrer que la politique Sarkosyste menée en Libye impact de plein fouet les africains ! Sa diaspora doit le rappeler.

J’ai marché pour que tous se rappellent que l’esclavage n’est pas un simple chapitre d’histoire, ce n’est pas seulement Kunta Kinté, c’est 400 ans de crime contre l’humanité. Ne rien faire à mon niveau, me semblait insupportable.

J’ai marché parce que je suis fatiguée et agacée lorsque je vois des publications moralisatrices d’internautes noir(e)s qui ne trouvent rien de mieux, dans ces moments, que de faire passer leurs semblables pour les opportunistes écervelés endormis ne s’indignant que maintenant !

Manif - Sabrina Onana

Manifestation contre l’esclavage – samedi 18 novembre
Crédits : Sabrina Onana

J’ai marché parce que je suis en colère quand on me dit ” Vous les renois, vous faites les indignés alors qu’entre vous-même, c’est coups de machettes et guerres civils”… Insupportable

😡 😒

Manifestation du 18 novembre 2017 Crédits : Pata Papara

Manifestation du 18 novembre 2017
Crédits : Pata Papara

L’heure n’est pas aux règlements de comptes mais à l’unité même tardive… Pourquoi sont-ils aussi condescendants dans leurs interventions ? Je comprends la frustration du manque d’actions malgré les informations émises par certains lanceurs d’alertes… Je comprends…

MAIS, Pourquoi ne pas privilégier la pédagogie ? Car oui, beaucoup d’hommes et femmes noir(e)s, jeunes et moins jeunes, ne disposent pas du même niveau d’informations, du même niveau de connaissances sur les problématiques de l’Afrique ! Et encore une fois sans lobbys, sans mobilisations DES DIRIGEANTS AFRICAINS… rien n’est possible.

Nous vivons dans une ère de communication de masse, nous croulons sous une avalanche de vidéos provenant de toute part ! Notre jeunesse se noie dans la consommation boulimique d’émissions abrutissantes les éloignant de l’essentiel ! Il n’y a pas de révolution sans une jeunesse consciente.

Crédits : Sabrina ONANA

Alors, lorsqu’il y a un éveil soudain des consciences qui force tout le monde à ouvrir les yeux… c’est à ce moment-là que beaucoup de personnes noires DÉCOUVRENT CE QUE, nous qui nous informons, savons déjà depuis belle lurette ! C’EST À CE MOMENT LÀ qu’il faut rester pédagogue et chercher l’unité plutôt que l’auto-satisfaction de pouvoir dire « Je le savais déjà ».

Descendre dans la rue m’a permis de constater que le sort des africains noirs n’ébranlent pas plus que ça les autres nationalités… vu la faible participation de personnes dites arabes ou blanches au cours de ce cortège spontané. Dieu sait que pour d’autres causes, s’il faut en 24h, ladite France « Black-blanc-beur » se retrouve mano a mano sur le pavé… triste constat.

Crédits : Sabrina ONANA

Descendre dans la rue, m’a permis de me rendre compte qu’autour de moi, des amis et connaissances blancs ne savaient même pas ce qui nous motivait… « C’est quoi le truc en Libye ? J’ai pas fais attention à l’info » … c’est vous dire à quel point le traitement de cette information a été survolée. J’ai été interpellée par une femme devant le métro Franklin Roosevelt qui me demande apeurée : « Mais qu’est-ce qu’il se passe en Libye ?? »

lol Est-ce qu’on aurait demandé lors du triste épisode de Charlie « Mais ? Que se passe-t-il chez Charlie ? » NON car toute la Galaxie était au courant ! Et puis au final ça se passe loin de Paris donc… bon… : INÉGALITÉ de traitement de l’info !

Descendre dans la rue oblige tout le monde à prendre conscience de ce qu’il se passe… !

Quoi qu’ en fait non…

Non, parce qu’on est vraiment seuls à nous préoccuper de nous et nos innombrables blessures ; Lorsque je lis des commentaires comme « Ça se passe pas en France qu’ils aillent gambader chez eux » ; « Mais pourquoi on autorise ces gens à manifester pour un problème purement africain ? », Je me confirme un fait : Le racisme gangrène vraiment ce pays. Une partie de sa population se déshumanise renvoyant au second plan un fait aussi grave que peut être l’esclavage d’êtres humains.

Manifester en France pour le retour d’Ingrid Betancourt, à l’époque captive chez les Farc en Colombie, ne semblait pas nécessiter une manif en Colombie pourtant…

On peut également prendre l’exemple des manifestations pour le retour de journalistes captifs en zone de guerre Afghanes… personne n’a demandé à ce que les manifs se fasse à Kaboul non ?

Quel est ce mépris saupoudré de racisme ?

MARCHER et ENSUITE ?

Claudy Siar, a été reçu chez Jean-Jacques Bourdin, le lundi 20 novembre suite à la manif’ du samedi précédent. Je ne suis pas persuadée qu’il aurait intéressé  quiconque si les médias n’avaient pas constaté la mobilisation de toute une communauté derrière lui ce 18 novembre ! Il a pu détailler les motivations pourtant incroyablement ÉVIDENTES de nos revendications et annoncer la volonté de saisir les hautes instances judiciaires. L’ironie, c’est que ce n’est même pas son rôle… Belle leçon à nos politiciens africains…

Les gouvernements ivoiriens et camerounais ont affrétés des avions pour rapatrier leurs ressortissants. Bon point. Notre révolte parisienne à envoyer un fort signal. Mais il faudra régler certains points : « Ils sont rentrés, ok. Que prévoyez-vous pour cette jeunesse ? », beaucoup d’actions correctrices et de sensibilisation devront être mis en place.

Manifester ne résout rien dans l’absolu mais permet de fédérer une communauté que l’on pensait désunie. Elle a prouvée qu’elle pouvait l’être… UNIE. Une fois mobilisée, j’espère qu’elle ne baissera pas la garde et constituera enfin un lobby fort qui pourra entamer et exiger des actions concrètes… DANS SES RANGS d’abord puis aux hautes sphères perchées !

Bref. Bien compliqué tout ça… Il y a tant de chantiers structurels, tant de combats mais il faut bien commencer quelques part.

Voilà cher lecteur/rices, mon ressenti, ma détresse, mon sentiment de faiblesse exprimé à travers ce texte qui peut avoir pour maladresse, l’émotion qui le traverse.

Je vous laisse avec cette vidéo publiée par Roots Magazine, bien réalisée, elle vous donne un aperçu de cette fameuse journée du 18 novembre.

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